Décidément, entre affaire Cahuzac, mariage pour tous et politique de rigueur qui ne fait pas l'unanimité dans ses propres rangs, les temps sont durs pour le gouvernement et pour le Parti socialiste qui tenait ce samedi 13 avril son Conseil national à Paris. Alors même que le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, venait à la tribune de réaffirmer ses choix économiques, un "commando" d'une cinquantaine de salariés de l'usine PSA d'Aulnay-sous-Bois s’est invité manu militari dans le Centre des Congrès de la Cité des Sciences, Parc de la Villette, à Paris, et ont perturbé pendant vingt bonnes minutes les travaux du "parlement" socialiste.
Le poids du gouvernement dans la balance
Débordant le service d'ordre manifestement surpris, les manifestants se sont introduits dans la salle de conférence aux cris notamment d'"aucune usine ne doit fermer" et d'"interdiction des licenciements". Prenant d'assaut l'estrade, les salariés dont l'usine est plus que menacée y ont déployé une banderole clamant "non à la fermeture de PSA Aulnay". Dans la confusion, après un bref flottement, tandis que le chef du gouvernement était évacué et que le ministre de l'Économie, Pierre Moscovici, invectivé, en prenait pour son grade, le premier secrétaire du PS, Harlem Désir, s'est résolu à donner la parole aux protestataires.
Au micro, Jean-Pierre Mercier, le leader de la CGT de l'usine appelée à fermer, a réclamé un "médiateur avec de réels pouvoirs, de réelles compétences (...), qui puisse mettre le pouvoir politique du gouvernement dans la balance pour qu'on obtienne au moins satisfaction sur le fait qu'on ne finisse pas au chômage". "Nous sommes devant une direction qui est butée, qui ne veut pas négocier, qui ne veut pas discuter" a-t-il expliqué, estimant que "ce n'est pas à Peugeot de faire sa loi".
Un sentiment de trahison chez PSA comme au PS
Et M. Mercier d'illustrer son sentiment d'une image éloquente pour le parterre de délégués socialistes : "Avec Cahuzac, vous avez eu le sentiment de vous faire trahir, on peut témoigner nous ici à PSA Aulnay qu'un très grand nombre de salariés se sont sentis trahis parce que le gouvernement n'intervenait pas de leur côté dans le dossier". Applaudi par une bonne partie de l'assemblée, il a poursuivi : "si on est seuls devant les patrons, devant les employeurs, forcément au nombre qu'on est, c'est peut-être eux qui vont remporter la manche, mais on le paiera tous parce que c'est un boulevard qui est offert pour le Front national". Autour de lui, reprenant le slogan de campagne de François Hollande, ses collègues scandaient "Le changement s'est maintenant".
Les manifestants ont alors quitté les lieux. Outre ce temps de parole nécessairement très médiatisé, ils sont repartis avec la promesse d'être reçus par des responsables du PS, notamment les députés Guillaume Bachelay, en charge de l'industrie, et Jean-Marc Germain qui siège à la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale. Mercredi déjà, une centaine de salariés de PSA s'étaient illustrés en envahissant le siège national de Pôle emploi. Le plan social validé le 18 mars par quatre des six syndicats présents dans l'entreprise, mais pas la CGT, prévoit la fermeture de l'usine d'Aulnay en 2014 et la suppression de 8.000 postes.













































