Quels sont les dommages collatéraux de l'austérité ? C'est la question à laquelle l 'économiste politique David Stuckler, de l'Université d'Oxford, en Grande-Bretagne, et Sanjay Basu, maître-assistant en médecine et épidémiologiste à l'Université de Stanford, aux Etats-Unis, ont voulu répondre. Après 10 ans d'étude, leur constat est sans appel. L'austérité est dramatique en matière de santé publique.

10.000 suicides et jusqu'à un million de cas de dépression

Les deux chercheurs écrivent, dans The Body Economic: Why Austerity Kills, qui paraît cette semaine en anglais, que plus de 10.000 suicides et jusqu'à un million de cas de dépression peuvent être directement associés à la crise économique et aux mesures de rigueur qu'elle a générées en Europe et en Amérique du Nord. L'économiste a d'ailleurs déjà publié dans les revues The Lancet et British Medical Journal les résultats de recherches qui établissent une corrélation entre l'augmentation des taux de suicides dans certains pays européens et l'austérité.

En Grèce par exemple, la baisse du budget consacré à la prévention du virus HIV s'est traduite par une explosion de 200% du taux de prévalence du sida en 2011 - résultant en partie de la hausse de la consommation de drogues dans un pays où le chômage des jeunes atteint 50%. La Grèce a également connu ses premiers cas de paludisme depuis des décennies après avoir réduit le budget consacré aux pulvérisations anti-moustiques. Dans ce même pays, le taux de mortalité résultant de suicides et d'homicides a augmenté de 22,7% et de 27,6% respectivement de 2007 à 2009 surtout parmi les hommes, précisent d'ailleurs un rapport publié dans l'American Journal of Public Health.

"La dégradation de la santé n'est pas une conséquence inévitable des récessions économiques"

Aux Etats-Unis, alors même que la mise en place d'une assurance maladie a été le grand chantier du président Obama, plus de cinq millions de personnes ont perdu l'accès à la couverture maladie depuis le début de la crise, écrivent les chercheurs. Tandis qu'en Grande-Bretagne, 10.000 familles sont devenues sans-abri en raison de la politique d'austérité. "Nos dirigeants politiques doivent prendre en compte les conséquences graves sur la santé de leurs choix économiques", insiste David Stuckler.

Dressant un parallèle avec la crise économique de 1929 et d'autres évènements historiques, comme la chute de l'Union soviétique, les chercheurs ajoutent qu'une telle détérioration n'est en rien une fatalité. "Ce que nous montrons, au final, c'est que la dégradation de la santé n'est pas une conséquence inévitable des récessions économiques», indique Sanjay Basu. "C'est un choix politique", ajoute-t-il. Cette étude suffira-t-elle à influencer les futures politiques budgétaires ? Rien n'est moins sûr.