Il fut un temps où seuls les désespérés s’inscrivaient sur des sites de rencontres. Aujourd’hui, 40% des femmes seraient prêtes à s’inscrire en cas de célibat (sondage IFOP pour Femme Actuelle) contre 14% en 2004. Et pourtant, seul 1% des personnes interrogées lors d’un sondage INED en 2013 disent y avoir rencontré leur partenaire. C’est dire si le taux d’échec est conséquent, et si les déboires à surmonter sont nombreux. Entre les exclus, les mythos, les dépendants affectifs, les paranos, et les obsédés, bienvenue sur Misère-sexuelle.com.
Rateaux.com
Stéphane Rose, auteur de Misère-sexuelle.com, dresse un portrait doux-amer de la séduction virtuelle. Ce livre sent le vécu, l’auteur l’avoue sans honte. Ces dix dernières années, il a lui-même fréquenté ces sites, est tombé amoureux à deux reprises, et a flirté et/ou couché avec plusieurs dizaines de connectées.
Sur ces sites, il a croisé des exclus : les gros, les moches, les analphabètes, les gens sans imagination, sans humour. Ceux qui se feront refouler sans ménagement, et qui seront peut-être blacklistés par les modérateurs eux-mêmes. « Derrière l’utopie amoureuse qu’essayent de nous vendre les sites de rencontres se cache une intéressante métaphore d’un système capitaliste qui profite à une poignée de privilégiés (les mieux côtés sur le marché de la séduction) qui se rencontrent facilement et rapidement, pendant que les autres, moins bien côtés, gaspillent du temps et de l’énergie pour des rencontres aléatoires et fastidieuses. Les cas les plus désespérés se partagent les miettes en essayant tant bien que mal d’échapper à l’autorité policière des équipe de modération. ».
« Salu, sa va ? »
Stéphane Rose rapporte le témoignage d’une femme de 32 ans qui affirme que lorsque elle s’est inscrite pour la première fois sur un site de rencontres, elle a ressenti « l’impression de plonger dans une grande piscine de médiocrité humaine ». Et pour cause, il suffit d’être une femme pour savoir qu’au bout de seulement quelques minutes de connexion nous sommes assaillies de propositions inconvenantes. Messieurs, si vous n’y croyez pas, tentez l’expérience en vous créant un faux profil, ce qu’a fait Stéphane Rose. « Tu baises ? Tu suces ? Tu aimes la sodomie ? Tu veux pas m’envoyer une photo de tes seins ? Ca te dirait un plan à trois ? Oui ? Et tu as une copine pour faire la troisième ? Voilà le genre de questions auxquelles vous serez confrontés passé le rituel « Salut, ça va ? » ».
Les célibataires exigeants
Pour remédier à ce flot de crevards du net, certains sites augmentent leur système de filtre (et leurs tarifs). C’est le cas par exemple d’Attractive world ou de Meetic VIP. Selon Stéphane Rose, cela souligne un double discours schizophrénique des sites des rencontres : « D’un côté le discours bisounours et mensonger (tout le monde a sa chance), de l’autre, le discours cynique et honnête (la nana que tu n’arrives pas à choper dans la vraie vie, tu n’arriveras pas non plus à la choper sur le net, alors laisse-nous entre célibataires exigeants et va te branler) ».
Le club des mythos
Pour se démarquer de la masse, chacun fait du mieux qu’il peut pour se mettre en valeur. Certes, il vaut mieux se présenter comme « artiste à son compte » que « au chômage », et comme « plantureuse » que comme « grosse ». Mais un certain seuil acceptable de mensonges est souvent dépassé. Les mensonges les plus fréquents étant liés à l’âge, l’apparence physique, la profession, et surtout le statut marital.
Une femme suggère dans ce livre quelques astuces pour débusquer les faux célibataires : « Ils sont toujours dispos pour te parler en journée mais jamais le soir. Quand tu leur demandes leur numéro de téléphone, ils te donnent toujours un 06. Si tu demandes un fixe, ils te disent qu’ils n’ont pas de fixe chez eux. Pour se voir ils proposent d’aller chez toi. Si tu ne veux pas, ils proposent l’hôtel. Si tu ne veux pas non plus ils proposent les chiottes du cinéma ou n’importe quoi sauf chez eux « parce c’est en travaux », ou « j’héberge un pote », ou je ne sais quoi d’autre. ».
Et puis il y a aussi ceux qui, bien qu’ils soient libres, ne veulent surtout pas que la relation ne deviennent réelle, et ne se pointent jamais aux rendez-vous… Allez comprendre.
Mettre son partenaire dans son caddie
Mais au-delà des exclus, des mythos, et des mauvaises pioches, les vrais responsables de leur célibat sont souvent les célibataires eux-mêmes, qui choisissent leur futur(e) partenaire comme un produit de supermarché. Dans le monde réel, nous nous adaptons à la rencontre. Dans le monde virtuel, nous fixons tout un tas de critères de sélection qui nous privent de la rencontre sincère. Nous nous mettons parfois en quête d’un personnage idéal qui n’existe pas. « On rencontre comme on consomme. Tout doit être facile, immédiat, confortable (…) Au supermarché de la rencontre, les clientes veulent des princes charmants sur mesure, et les clients des « femmes de ma vie » à la carte ».
L’âme soeur trouvée, réussir à se déconnecter
Malgré le bilan pour le moins cynique de Misère-sexuelle.com, son auteur rappelle tout de même qu’il est possible de rencontrer l’âme soeur, puisque lui-même est tombé amoureux. Mais parfois, le plus difficile est de pouvoir se désinscrire de ces sites, « s’arracher à la tentation des rencontres virtuelles à perpétuité , et celle de supasser les pièges mis en place par les stratèges du site pour vous empêcher de le quitter ». Car, souvent, les abonnements se renouvellent automatiquement. Une fois la démarche de désinscription effectuée, le profil reste un temps en ligne. Stéphane Rose raconte qu’il a du se justifier au téléphone auprès d’un opérateur qui lui demandait son motif de désinscription, et annoncer qu’il avait rencontré quelqu’un. L’opérateur lui a proposé un mois de ré-abonnement, au cas où il désirerait être infidèle…













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bien vu Ovidie ! sachez que cette misère sexuelle existe aussi pour les hommes. j’en ai fait les frais : 2 mois sur un site de rencontre et 0 résultats ; aucune réponse à mes mails…
« Il vaut mieux se présenter comme « artiste à son compte » que « au chômage »
Ah oui mais contrairement au chômeur de base, « l’artiste à son compte », lui, il bosse (pendant son chômage)
Continuellement …
Sinon l’article était léger et croustillant, sympa à lire pour se détendre ce soir.
Très bon article auquel j’ajouterais néanmoins un bémol, car l’intérêt, selon moi, d’un site de rencontre est la rencontre (sans remettre en question les observations de Stéphane Rose, bien entendu).
Comme j’ai pu l’écrire lorsque j’ai témoigné de ma propre expérience ici, le meilleur conseil que je puisse donner est de ne rien en attendre, de prendre tout cela avec beaucoup de recul et un peu de décalage, et peut-être que la (bonne) surprise sera au rendez-vous puisque je fais partie du petit pour cent « chanceux ».
Content de te lire, Ovidie. On s’est penché sur la question, nous aussi…
http://lenouveaumonstre.blogspot.fr/2013/04/de-lamour-la-machine.html
Je m’inscris un peu en faux par rapport à ce qui a été écrit ici. Mes deux grandes histoires d’alour ont existé (et existe encore) grâce à internet. Je ne suis pas mochissime, j’ai un bon boulot mais j’avais un manque d’assurance avec les hommes, qui s’est également réglé avec le net.